Qu’est-ce qu’un plan ou atlas terrier ?
L’atlas de Grièges se présente sous la forme d’un gros livre cartonné. Il a été rédigé de 1736 à 1738 par Me Paul Dumas, notaire à Pont-de-Veyle.
La partie ouest de la commune (bord de Saône) n’apparait pas dans ce document qui chez nous a survécu aux tourmentes de la révolution.
Il vient d’être restauré et est conservé dans la salle adaptée des archives municipales.
Une version numérique, consultable sur le site des archives départementales a été réalisée à cette occasion.
Pourquoi un plan terrier est-il rédigé ?
Dans la première moitié du XIVe siècle, quelques seigneurs tentent de remédier au caractère imparfait des inventaires jurés. Le bouleversement des seigneuries consécutifs à la guerre et à la reconstruction, ainsi que les destructions fréquentes des archives seigneuriales, obligèrent les seigneurs à renouveler leurs titres et à chercher de nouvelles formules de gestion.
Le terrier permet d’authentifier les actes privés, les particuliers pouvant avoir recours soit aux juridictions gracieuses de l’official ou des cours royales, soit à des notaires publics de type méridional.
Il a servi de base au cadastre napoléonien (1834 pour Grièges) et au cadastre actuel.
Par qui est-il rédigé ?
Des seigneurs confièrent à des notaires le soin de rédiger des cartulaires réunissant des copies ou des analyses des principaux titres de seigneuries, ou de tenir des registres dans lesquels le praticien consignait au fur et à mesure les actes relatifs aux mutations survenant dans la censive (féodalité).
L’intervention d’un notaire apparut comme une démarche indispensable lors de la confection des documents de ce type, au point de mettre en doute et contester tout inventaire antérieur dépourvu de seing manuel.
Comment est-il rédigé ?
Les points cardinaux sont désignés par les termes encore couramment employés par les générations qui nous ont précédé à la campagne, à savoir, « bize » pour le Nord (la bise étant le vent du Nord) et « vent » pour le Sud. L’Est est désigné par « matin » et l’Ouest par « soir » en référence au lever et au coucher du soleil.
Sur l’atlas de Grièges, sont représentées les parcelles avec leurs occupants du moment, leur contenance en coupées ou en moaux de foin par exemple, leurs liens avec les diverses seigneuries locales : « en direct de » (Asnières, Château de Pont de Veyle, Coursant, Le Chanay, Montépin, etc…).
Les noms des occupants sont souvent accompagnés des prénoms de leurs ascendants sur plusieurs générations. (ex : Benoit fils de Benoit questoit (qui était) fils de Louis fils de François fils d’Aymé).
Les noms des propriétaires et tenanciers sont parfois suivis de leur profession (charpentier, médecin, ‘advocat’), ou de leur charge (juge, prudhomme, ministre).
L’utilisation de ces propriétés y est souvent mentionnée, « pourpris » (enceinte, enclos ), « prélion » (petit pré), jardin, verchère ( terrain attenant à une habitation).
Les mares (ou serves) sont également toutes signalées ainsi que les croix de chemin (certaines ont disparu ou ont été déplacées).
Les constructions y sont dessinées en deux dimensions avec souvent désignation de leur usage (maison, grange), de même que les nombreux puits et fours.
Elles sont souvent regroupées en ‘villages’, qui autrefois désignaient plutôt des hameaux (village de la Valla , de Corcelles), créés autour de ‘villas’, qui à l’époque gallo- romaine correspondaient généralement à des domaines ruraux.
Les voies de communication sont tracées. Elles ont donné naissance à nos routes ou chemins actuels.
A noter que plusieurs de celles-ci étaient portées comme reliant le Port-de-By (de bief) au village ou aux hameaux principaux de Grièges. Le Port de By, situé sur le confluent entre la Petite Veyle et la Saône, était important pour le commerce des productions agricoles locales (vin, céréales, légumes).
Un second port, mentionné dans le livre « Souvenirs religieux de Grièges » (abbé François Sornay, 1898), se trouvait également sur le cours du même bief, (photo n°27 de l’atlas terrier numérisé), près du lieu où sera construit en 1828, le pont de Jonc, en remplacement d’un bac, privé puis communal.
Les noms de lieudits y sont nombreux (parfois à l’échelle d’une ou deux parcelles). Certains comme le Dérontay apparaissent en 4 ou 5 lieux de la commune avec plusieurs orthographes. Beaucoup de ces lieudits ont disparu du cadastre actuel.
On peut y voir également dans deux secteurs au moins de la commune, des changements radicaux dans le tracé du cours d’eau ‘le Guiron’, artificiellement en Fossiaux (Fosseau), et naturellement à Monnoyer (Montnoyer), où il aurait abandonné son lit pour rejoindre la Petite Veyle à l’aval du pont de Jonc, en suivant le tracé de la charrière menant au gad (gué) de la Lietta.





